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I disappear
« C'est le visage de mes 34 ans, photographié le 11 novembre 2003.
Cette photo est divisée en 20 000 pixels.
Chaque jour, un des 20 000 pixels est remplacé par un pixel blanc.
20 000, c'est le nombre de jours qu'il me reste à vivre.»
i disappear présente une photographie de mon visage composée de 20 000 pixels prise à Paris le 11 novembre 2003.
Cette photo a été mise en ligne sous le nom de domaine idisappear.net et un remplacement quotidien et aléatoire d’un pixel de la photographie par un pixel blanc a été programmé.
Dans 20 000 jours, les 20 000 pixels de mon visage seront blancs et mon visage de ce jour-là aura disparu.
LA MORT PRISE DANS LES NOUVELLES TECHNOLOGIES
i disappear intègre la mort dans les nouvelles technologies en s’appuyant sur une fonction simple de l’informatique : un programme de remplacement de données exécuté chaque jour.
Ce programme tout à fait anodin est sémantiquement détourné de son unique fonction informatique : il dérive vers l’intime, en dessinant le temps de la mort.
Intuitivement, la mort peut m’accompagner chaque jour ; je peux l’appréhender en mesurant le temps parcouru, mais tenter de la saisir est un constat déceptif.
20 000 jours, c’est une durée de 54 ans. i idisappear rend compte du stock de jours que cela représente dans une vie.
La disparition quotidienne d’un pixel-jour rend également perceptible de façon aiguë la valeur d’un jour dans le temps qui passe.
Contrairement au réseau qui travaille sur la vitesse, l’instantané, i disappear propose une vision sur la longue durée, comme un défi à la longévité et à l’évolution du
réseau, dans un temps replacé dans le temps de la vie, qui « colle » au vrai temps.
Mais aucune trace des étapes quotidiennes n’est gardée.
i disappear ne se nourrit pas des possibles de l’informatique avec l’illusion d’une maîtrise qui permettrait de croire que l’on peut revenir en arrière.
i disappear se détruit chaque jour.
Cette application qui mêle l’intime avec le rendu de ma disparition, est construite sur des données impersonnelles, un programme qui fonctionne tout seul, dont toute interactivité est bannie : ce qui m’est de plus personnel est abandonné dans un programme informatique qui me dépossède.
i disappear est contemplatif : sur le réseau, chaque jour, un visage disparaît dans un programme de 54 ans.
LA DECEPTION QUOTIDIENNE
À la suite de mes travaux précédents sur la création quotidienne (Mes urines 1997-2000, films super 8 1995-2000), j’ai voulu créer un site qui reprenne cette
stupéfaction du quotidien.
i disappear est un dispositif qui, une fois lancé, ne varie pas dans son principe. C’est le rapport le plus fort au quotidien.
Le changement qui s’opère tous les jours est imperceptible.
About du chargement de la page du site, rien ne bouge ; à peine chargé, le temps de l’effet de surprise passé, il n’y aura plus rien à voir de la journée.
Et pourtant chaque jour quelque chose a changé, un pixel est devenu blanc.
Cette excitation de la découverte et du temps qui passe se conjugue avec la déception.
Cette attitude est la même que celle que j’avais enfant face à l’attente ; la même que j’ai adulte, face à la mort.
On a beau guetter, le changement n’est pas vraiment perceptible, la mémoire faisant défaut pour restituer « le jour d’avant ».
La curiosité pousse à voir comment ça devient. Demain, ce sera différent, mais également une déception, de n’avoir pas de comparatif.
Il est impossible de faire confiance à la persistance de sa mémoire pour garder trace des différences au jour le jour.
La seule possibilité est de venir chaque jour « pour voir », pour s’imprégner, de la même manière que le programme enlève un pixel chaque jour.
UNE DISPARITION QUI S’ECHAPPE
Mon visage vieillit à l’écran tous les jours, mais la trace de la vieillesse, c’est la disparition.
La trace du vieillissement, c’est la disparition de mon visage de mes 34 ans.
Il n’est plus que de voir, observer.
La stupéfaction du réel.
Reste à voir ce que devient ce visage qui disparaît en direct à l’écran sur le réseau.
Boris Duboullay
http://www.idisappear.net
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